Fillon 2017

François Fillon dans Le Figaro : « S’ils votent Le Pen, ils auront Macron ! »

Dans un entretien exclusif à trois jours du premier tour, l’ancien premier ministre dénonce le programme du leader d’En marche ! et met en garde les électeurs de droite : « S’ils votent Le Pen, ils auront Macron ! »

LE FIGARO.- Étiez-vous spécifiquement visé par la menace d’attentat révélée mardi ?

François FILLON. – Le ministre de l’Intérieur, Mathias Fekl, m’a prévenu jeudi dernier en me disant qu’on avait intercepté un message me désignant comme une cible. Les services ont mis en place un dispositif de sécurité mais nous, nous n’avons rien changé à notre programme de campagne.

À quoi devez-vous d’être une cible, plus que Marine Le Pen par exemple ?

Il n’est pas impossible que le candidat qui a le projet le plus radical contre le totalitarisme islamique soit visé. Les terroristes choisissent leur cible en fonction du retentissement qu’ils espèrent donner à leurs actes. Mais en réalité, c’est toute la société française qui est visée.

Ces menaces, inédites dans une campagne présidentielle, vous incitent-elles à renforcer l’arsenal que vous prévoyez ?

La seule stratégie possible et efficace contre cette menace est celle que je défends, c’est-à-dire une stratégie globale, à l’extérieur de nos frontières et à l’intérieur. Il faut notamment durcir les mesures contre ceux qui sont susceptibles de devenir des terroristes sur le territoire, avec la déchéance de nationalité pour ceux qui sont partis combattre en Syrie et en Irak, y compris quand ils sont français. Des textes existent, appliquons-les ! On peut très bien rester dans l’État de droit sans laisser dans la nature des gens qui sont fichés S.

Faut-il signaler aux maires les fichés S qui résident dans leur commune ?

Valérie Pécresse le réclame, et je l’approuve. Une vérification a été faite à l’occasion de l’un de mes déplacements : sur sept salariés, quatre étaient fichés S ! Quand il y a vraiment un doute sur un individu, les maires et les autorités compétentes dans les secteurs sensibles – je pense notamment aux transports – doivent être avertis.

Emmanuel Macron préconise lui aussi des « mesures fortes contre le terrorisme ». En quoi vous distinguez-vous de lui ?

Sur la lutte contre l’islamisme comme sur tout le reste, Emmanuel Macron est flou. On ne sent chez lui aucune détermination à lutter efficacement contre ce danger, qu’il n’a même pas diagnostiqué. Pour Macron, l’islamisme n’est pas un risque totalitaire qui menace la paix mondiale. Il reste sur le discours antiterroriste classique, en ménageant en permanence ce qu’il pense être un électorat musulman. Il se garde bien d’affirmer, comme je le fais, l’existence d’un mouvement intégriste au sein de la religion musulmane, mouvement qui doit être combattu. On ne l’entend jamais dire non plus qu’il faut expulser ceux qui tiennent des discours antirépublicains, ou dissoudre les mouvements salafistes ou se réclamant des Frères musulmans, qui sont clairement dans la mouvance djihadiste.

Incluez-vous l’UOIF dans les mouvements à dissoudre ?

C’est la justice qui tranchera, après enquête.

Emmanuel Macron a jugé les déclarations sur les attentats de Mohamed Saou, l’un de ses référents, « un peu radicales », mais a refusé de l’exclure. Comment interprétez-vous sa position ?

Il a même mis du temps à le suspendre ! C’est très révélateur de son ambiguïté sur toutes ces questions. Emmanuel Macron donne par son discours le sentiment de ne pas défendre l’identité nationale, le récit historique, l’enracinement culturel… Comme si tout cela était démodé. Comme si nous étions dans une société où seul l’individu compte, un individu qui n’a pas d’histoire, pas d’identité.

Et à l’extérieur de nos frontières, quelle sera la philosophie de votre politique ?

Notre stratégie d’alignement sur les États-Unis et sur l’Europe n’est pas bonne. On ne pourra pas éradiquer le totalitarisme islamique avec les seules forces occidentales. L’erreur, c’est de refuser la coalition que je réclame depuis quatre ans avec la Russie, l’Iran et l’ensemble des pays qui sont engagés dans ce combat. L’Allemagne a commencé à évoluer sur cette question pour une raison simple : elle est désormais menacée.

Peut-on encore envisager l’avenir avec Bachar el-Assad après l’attaque aux armes chimiques en Syrie ?

On ne peut pas non plus combattre le totalitarisme islamique en Syrie sans ses forces et sans son régime. Considérer que la présence de Bachar el-Assad nous empêche de travailler avec la Russie et l’Iran à l’éradication du totalitarisme islamique est une impasse. Ce qu’ils veulent, c’est un accord qui ménage leurs intérêts dans la région. Pour les Russes, la Syrie est l’un des sujets symboliques de la renaissance de leur pouvoir.

Donald Trump a-t-il eu raison d’ordonner des frappes ?

Son attitude est imprévisible. Il change d’avis de façon inattendue et sa stratégie est dangereuse. Mais on ne peut pas dire que Barack Obama ait été extrêmement fort ni clairvoyant non plus en matière de politique étrangère. Avec Donald Trump, ce qui est préoccupant pour l’instant, c’est le côté émotionnel de ses revirements. Il faut prendre un peu de recul. Il faut se souvenir que c’est souvent avec des enchaînements comme ceux-là que les guerres commencent. Il faut se demander ce qui se passera le jour où aura lieu une confrontation directe entre Russes et Américains. La Russie est instable, elle doit être maniée avec précaution.

Peut-on lever les sanctions contre la Russie sans progrès en Crimée ?

Il faut respecter deux principes fondamentaux et contradictoires : le respect des frontières et du droit international et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Personne ne peut nier que la Crimée est un territoire historiquement, culturellement, linguistiquement russe. Cela ne sert à rien de s’entêter à dire que la Russie doit quitter la Crimée, ça n’arrivera jamais.
La seule façon de sortir de cette crise, c’est d’organiser une conférence sur l’avenir de la Crimée pilotée par les Nations unies et qui permette de trouver une solution.

Quelles peuvent être les conséquences du référendum turc ?

Il risque d’accélérer la dérive de Recep Tayyip Erdogan vers un régime de type impérialiste.

Pourriez-vous proposer à vos partenaires européens d’arrêter une fois pour toutes le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE et de dire qu’elle n’y a pas sa place ?

Je m’oppose à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. On doit proposer aux Turcs de discuter d’un partenariat économique et de sécurité renforcé. Je crois que cette affaire d’adhésion de la Turquie à l’UE est une bombe à retardement très dangereuse. Plus on attend, plus le moment où il apparaîtra que cette adhésion n’est pas possible, notamment en raison de l’opposition de certains pays comme la France, plus la confrontation avec la Turquie sera brutale. On ne peut pas au nom d’un accord ponctuel sur les réfugiés prendre le risque d’une confrontation.

Quelles relations souhaitez-vous établir avec Angela Merkel ?

Dans les jours qui suivront mon investiture, je proposerai à Mme Merkel de nous rencontrer, à Strasbourg, pour parler de l’avenir de l’Europe. Je lui proposerai un effort commun de redressement économique et financier. La priorité, c’est une zone euro organisée avec un gouvernement économique, avec un secrétariat général et un agenda d’harmonisation fiscale. Et avec un objectif de souveraineté. C’est la meilleure façon de nous défendre contre l’hégémonie du dollar et de la monnaie chinoise.

Faut-il un ministre des Finances de la zone euro ?

Le plus important, c’est que les chefs d’État et de gouvernement se réunissent tous les trois mois pour piloter la zone euro, avec un secrétariat indépendant de la Commission européenne.

Une meilleure intégration en matière militaire est-elle souhaitable ?

Parallèlement à l’Alliance atlantique, il faut une alliance européenne de défense, une alliance militaire dans laquelle chaque pays garde la totalité de son autonomie et de son indépendance. Nous devons par ailleurs faire émerger progressivement une véritable industrie européenne de défense et mettre en œuvre un fonds pour assurer le financement des opérations extérieures. Ce n’est pas à la Commission, ni aux Vingt-Sept, d’en décider. Cela ne fonctionnera jamais. Il suffit d’un traité entre les États européens qui le souhaitent. Les Allemands y sont beaucoup plus ouverts qu’il y a quelques mois. Ils découvrent que la protection américaine n’est pas aussi solide qu’ils le pensaient et qu’un nouveau danger, le totalitarisme islamique, menace l’Allemagne, alors qu’ils pensaient être à l’abri.

Vous avez annulé mercredi un déplacement à l’École 42 qui risquait d’être perturbé. Cela ne donne-t-il pas l’image d’un candidat qui fuit toute forme d’opposition ?

Les oppositions, je les affronte tous les matins depuis près de trois mois avec une violence inouïe.

Vous avez dit avoir des preuves des interventions du pouvoir dans les procédures judiciaires qui vous visent. Pourquoi ne pas les avoir révélées ?

C’est à la justice de mener son enquête.

Que dites-vous aux électeurs de droite tentés de voter Marine Le Pen ?

S’ils votent Le Pen, ils auront Macron ! Toute voix de la droite républicaine qui se porte sur le FN ou sur Nicolas Dupont-Aignan augmente le risque d’une élection de M. Macron.

Vous ne semblez pas attirer les jeunes électeurs. Comment l’expliquez-vous ?

Vous vous appuyez encore sur les sondages ! J’entends toujours le commentaire classique du système médiatique : « Il n’y a pas beaucoup de jeunes dans les meetings. » Honnêtement, ça a toujours été le problème des partis classiques, à gauche comme à droite. C’est dans la nature des jeunes d’être tentés par les solutions extrémistes et révolutionnaires. Je ne vais pas dire que je l’ai été à leur âge, mais presque… Je suis le seul candidat qui propose aux jeunes un avenir, un travail, la liberté et l’indépendance. Je suis le seul à proposer de retirer de leurs épaules le fardeau de la dette créée par les générations précédentes. Je suis le seul candidat qui leur propose une réforme profonde du système éducatif et d’en finir avec les inégalités insupportables de l’école de la République, devenue la plus inégalitaire des grands pays européens.

Que pensez-vous de la polémique au sein des Républicains à propos de Sens commun ?

C’est une forme d’intolérance que je trouve regrettable, et c’est l’expression de ce politiquement correct que je combats par ailleurs. Je me souviens du gouvernement que j’avais composé avec Nicolas Sarkozy. Il y avait Alain Juppé, mais il y avait aussi Christine Boutin et Bernard Kouchner ! Je n’ai pas le souvenir que cela ait choqué qui que ce soit. Je n’adhère pas à toutes les positions de Sens commun, mais ils le savent et me soutiennent parce qu’ils pensent que j’ai le meilleur projet, ce qui prouve qu’ils ne sont pas sectaires. Ils ont leur place dans une majorité et ils ont fait preuve d’une très grande solidité dans cette campagne. Ce qui n’a pas été le cas de tout le monde. Pour construire, il faut rassembler. En excluant certains au motif qu’ils ne seraient pas dans « le sens de l’histoire », on contribue à créer les conditions de tensions, d’affrontements et de communautarisme.

Sur l’IVG, vous avez dit avoir l’intention d’abroger le délit d’entrave. Projetez-vous de restreindre l’accès à l’IVG ?

Arrêtez ! Je ne supporte pas ce procès d’intention. Jamais je ne restreindrai l’accès à l’IVG. Et les gens de Sens commun le savent parfaitement.

Pour faire les changements radicaux dont vous avez parlé, une majorité de 51% suffit-elle ?

La question, c’est d’avoir une majorité législative forte, ce que, à mon sens, je suis le seul candidat à pouvoir obtenir. Ça ne veut pas dire qu’il ne faudra pas être ouvert et attentif à la diversité des opinions. C’est pour cela que je préconise l’ouverture du gouvernement à des personnalités extérieures pour aller chercher des talents et des visions différentes.

Vous ne vous lancerez pas dans l’ouverture, comme en 2007 ?

Non, car c’était une ouverture partisane qui ne fonctionne pas. Ce ne sont pas nos institutions, ce n’est pas notre culture. Ce serait un cadeau formidable au Front national. C’est pour ça que le projet d’Emmanuel Macron n’est pas réaliste. C’est un projet qui s’appuie sur une idée séduisante utilisée plein de fois dans l’histoire de la France, selon laquelle il n’y aurait plus ni gauche ni droite. Et qu’on pourrait naviguer entre l’une et l’autre. En réalité, cela débouche sur la montée des extrêmes.

Était-il nécessaire que Nicolas Sarkozy vous renouvelle son soutien ?

Nicolas Sarkozy me soutient sans réserves. Il l’a dit à plusieurs reprises et encore mardi. Je tiens ici à l’en remercier chaleureusement.

Quel est votre pronostic pour dimanche ?

Je serai au second tour.

Contre qui ?

Je ne sais pas.

Avez-vous une préférence ?

Non, je n’ai pas de préférence, je ne choisis pas, ce sont les Français qui choisissent.