Fillon 2017

Interview dans Le JDD : « Je serai le président du redressement national »

Si vous êtes élu, quel président serez-vous ?
Je serai le président du redressement national. Je serai un président qui tiendra ses engagements, qui dira aux Français la vérité sur la situation de la France et du monde, qui ne cèdera pas à la pression de la rue, qui tranchera en fonction de l’intérêt général, et pas de sa popularité. Je serai un président qui n’intervient pas à tort et à travers dans la vie du gouvernement, qui respecte les fonctions du Premier ministre.

Vous ne serez donc pas un hyperprésident comme Nicolas Sarkozy ?
[Il rit.] …ou Hollande qui intervient à tout bout de champ ! Je veux un Premier ministre qui gouverne. Il faut revenir à une lecture plus classique de la Constitution. Les tensions très fortes dans la société française justifient que le président soit concentré sur la défense des institutions et la reconstruction de l’unité nationale. Sans compter que les dangers de la situation internationale imposent au président d’assumer complètement sa fonction de protection des Français.

Pour vous, le Premier ministre n’est donc pas un « collaborateur » ?
Il faut lui laisser l’autonomie suffisante si on veut qu’il soit efficace, responsable et qu’on puisse lui demander des comptes.

Sera-ce François Baroin ?
François Baroin est très impliqué dans nos travaux sur la mise en œuvre de la politique que j’entends conduire et le calendrier des mesures. [Il a devant les yeux le calendrier de ses 100 premiers jours]. Mais je considère que dans la situation politique actuelle, désigner un Premier ministre voire une partie du gouvernement avant le premier tour – comme je voulais le faire initialement-, ce serait donner le sentiment aux Français d’une forme d’arrogance.

Ceux qui vous ont lâché peuvent-ils espérer être ministres ?
Je rassemblerai tout le monde. On ne peut pas gouverner avec de la rancœur. Il faut faire table rase du passé.

Allez-vous réformer la justice – que vous avez violemment critiquée dans cette campagne ?
[Il coupe.] Ce que j’ai critiqué, c’est la manipulation de la justice par les responsables politiques.

Vous voulez donc la rendre plus indépendante ? Cela ne figure pas dans votre programme…
Ce n’est pas seulement la question de l’indépendance du parquet qui doit être posée, mais aussi celle de la neutralité des juges. Ils ne doivent pas afficher des idéologies, adhérer à des organisations syndicales qui prennent des positions idéologiques. C’est un sujet que je mettrai au cœur de mon quinquennat : la neutralité du service public. Cela vaut pour tous les services publics, même le service public de l’information. [Sourire narquois.] Quand il y a de l’argent public, il doit y avoir derrière de la neutralité. Mais la réforme de la justice n’est pas ma priorité pour les cent premiers jours de mon mandat ; la priorité, c’est de retrouver des emplois et de la croissance.

Vous voulez réduire la taille des cabinets ministériels – ce que François Hollande avait déjà promis…
Comme François Hollande n’a tenu parole à peu près sur rien, on a une marge de progression considérable ! Il me semble que j’ai acquis une autorité qui me permettra d’être inflexible sur le sujet.

Comment considérez-vous l’avoir acquise ?
[Large sourire.] En résistant à tout.

Votre autorité morale n’est-elle pas entamée par les affaires ?
Cette épreuve m’a renforcé à titre personnel et elle m’a renforcé dans le regard que les Français et mes amis politiques portent sur ma détermination. Je n’ai aucune volonté de plaire ou de faire une carrière politique. Ma seule motivation, c’est de réussir le redressement national. J’ai ce remord d’appartenir à une génération qui n’a pas réussi à redresser le pays. J’ai un seul objectif : conduire le redressement de la France.

Vous dites ne pas vouloir faire carrière, mais si vous êtes élu, vous risquez d’être tenté de briguer un second mandat…
Je n’ai jamais proposé de limiter les mandats dans le temps, parce qu’il est nécessaire de laisser planer une forme d’incertitude pour conserver de l’autorité. Mais mon état d’esprit est de jeter toutes mes forces dans la bataille, sans précaution, sans artifice, pour obtenir des résultats.

Vous président, quelle relation auriez-vous avec votre parti ?
Le jour où il est élu, le chef de l’Etat doit rompre les liens avec son parti. Je ne serai pas un Président qui conduira des opérations partisanes, qui recevra des visiteurs du soir, qui dirigera en sous-main le parti.

Mais il faut bien tenir la majorité…
C’est au Premier ministre de tenir la famille.

Seriez-vous un président bavard dans les médias ?
Je ne serai pas un président qui répondra sur les trottoirs aux micros qui se tendent, qui dialoguera avec Mlle Leonarda, qui interviendra au milieu de la nuit parce qu’il y a eu un attentat. Il y a un Premier ministre, un ministre de l’Intérieur, et on a besoin d’un président qui prenne du recul. Surtout, je ne serai pas un président qui confiera des secrets d’Etat à des journalistes.

Justement, quels seraient vos rapports avec les médias, très tendus dans cette campagne… ?
J’ai dit qu’il n’y avait pas de place pour la rancœur. J’aurai des relations très franches avec la presse. Mais quand le président passe sa vie avec les journalistes, ça se fait forcément au détriment du Premier ministre et du gouvernement. Et de l’autorité de l’Etat.

Souhaitez-vous avoir le même Premier ministre pendant cinq ans ?
Je fixerai à chaque membre du gouvernement une feuille de route pour trois ans. Il faut pouvoir, au bout de trois ans, vérifier que les objectifs ont été atteints et, le cas échéant, changer d’équipe gouvernementale.

Souhaitez-vous établir un statut pour la Première dame ?
Cela n’existe pas pour moi. Il y a une Constitution. Il n’y a ni « first lady » ni « first gentleman » dans les institutions.

Votre camp s’est fortement divisé dans cette campagne. Craignez-vous d’affronter des frondeurs demain ?
François Hollande a fait campagne avec des engagements précis qu’il n’a pas tenus. Il a créé lui-même les problèmes dans sa majorité. Je n’aurai pas ce problème de cohérence. Sous Nicolas Sarkozy, il n’y avait pas de frondeurs. Le Président avait une autorité claire et le Premier ministre tenait sa majorité.

Cette campagne a radicalisé une partie de vos électeurs…
Je conteste cette idée. Personne ne peut dire qu’en raison des événements, j’aurais durci ma ligne politique. Ce que vous appelez la radicalisation, ce sont des électeurs de droite et du centre qui sont en colère car ils ont l’impression qu’on a essayé de les priver de leur candidat. C’est du ressentiment, pas une radicalisation idéologique. Ce sera balayé par le résultat de la présidentielle et par une campagne législative qui fera sa place à tout le monde. J’y ai veillé lors des investitures.

Quel est votre principal ennemi ?
Mon ennemi, c’est l’extrémisme, car c’est l’ennemi de la France.

Que vous inspire la poussée de Jean-Luc Mélenchon ?
Au moment du vote, on se rendra compte qu’il y a une grande différence entre les sondages et la réalité…

Mélenchon n’est-il pas le symptôme d’un rejet de la classe politique ?
Mélenchon est au moins aussi ancien que moi dans la vie politique ! C’est un homme cultivé, mais comme nouveauté, on fait mieux !

Mélenchon dit que si vous gagnez, les Français vont « cracher du sang »
[Il sourit]. C’est du vieux langage marxiste. On dirait du Georges Marchais.

La peur d’un second tour Le Pen/Mélenchon peut-elle provoquer un vote utile – un peu pour vous, beaucoup pour Emmanuel Macron ?
Si cette peur existe, elle conduira la droite et le centre à voter pour moi. Une part importante de cet électorat a pu être déstabilisée par la campagne, mais le fleuve est en train de rentrer dans son lit.

Macron peut aussi plaire à cet électorat…
Les gens de droite commencent à comprendre que Macron est un homme de gauche, qui conduira au mieux une politique molle. Et puis il manque totalement d’expérience : une grande école, une banque d’affaires et un ministère, cela ne suffit pas pour faire un président. Le Président de la République, c’est le chef des armées, celui qui conduit la politique étrangère de la France. Ça ne s’improvise pas.

Dans une semaine, vous serez fixé sur votre sort. Cette perspective vous angoisse-t-elle ?
J’ai une forme de sérénité, qui m’étonne moi-même. Je sais que je serai au second tour. J’ai cette conviction profonde.

Si vous êtes éliminé, donnerez-vous une consigne de vote pour le second tour ?
Je vous le répète : je serai au second tour.

Avez-vous des regrets ?
[Sourire.] A quoi ça sert ?

Robert Bourgi affirme que vous avez fait pression sur lui pour qu’il ne reconnaisse pas être l’acheteur de vos costumes. Par ailleurs, selon Mediapart, vous ne lui auriez pas rendu les bons costumes…
C’est totalement faux. Mesurez-vous le caractère grotesque de ces accusations ? On est à une semaine de l’élection et ceux qui ont décidé depuis trois mois – je pense au Canard enchaîné et à Mediapart- de m’éliminer de cette compétition continuent à alimenter ce feuilleton de façon invraisemblable. En ce qui me concerne, dans les sept jours qui viennent, rien ne me détournera de ma campagne.