Fillon 2017

« Ce n’est pas en multipliant les cadeaux fiscaux qu’on relancera l’économie » – Interview de François Fillon dans Les Echos

Concernant Alstom, d’abord, considérez-vous que l’activité de l’usine de Belfort doit être maintenue ?

Cette affaire est très mal gérée depuis longtemps. La première erreur a été le démantèlement d’Alstom et la vente de l’énergie à GE. François Hollande et Emmanuel Macron ont là de lourdes responsabilités. Il est plus facile de résister quand on est un groupe puissant et diversifié plutôt que centré sur le transport. Ensuite, l’Etat doit sortir d’un grand nombre d’entreprises privées car on immobilise l’argent des Français dans des participations minoritaires, sans aucune prise sur la stratégie. L’Etat a aussi gelé et reporté de nombreuses décisions en matière d’investissements ferroviaires, cela a pesé. Surtout, Alstom pose le problème de la compétitivité. On peut toujours expliquer sur le perron de l’Elysée, que tout ceci est inacceptable, mais ces postures politiques ne règlent pas le problème de la compétitivité française.

Vous présentez le cadrage de votre projet. En 2007, vous parliez d’Etat en faillite. Là, vous prévoyez, en 2017, un déficit à 4,7% …

Un programme économique, ce n’est pas une fin en soi, c’est une condition de la construction d’une société meilleure. La clef, c’est du travail pour tous, la liberté pour remettre en marche un ascenseur social bloqué et pour changer de paradigme par la révolution numérique.

Pour le déficit, je tiens compte d’abord de 15 à 20 milliards d’euros supplémentaires de dépenses gouvernementales non financées, la hausse du CICE, le chèque énergie, la convention médicale… Ensuite, la démonstration a été faite en 2007 et en 2012 : il n’y a aucune chance de relancer la machine économique sans réformes structurelles puissantes, sans choc de nature à redonner confiance. Il ne s’agit pas de dire « j’aime les entreprises » ponctuellement, mais d’agir sur la croissance et l’emploi via des allégements fiscaux et sociaux pour redonner de la compétitivité aux entreprises et du pouvoir d’achat aux ménages. Le tout sera financé par des économies, notamment sur la fonction publique, sauf les missions régaliennes, et l’augmentation de deux points de la TVA.

Comment faire accepter ces déficits à nos partenaires européens ?

A la fin du mois d’octobre, ils pourront constater que nous aurons réformé le droit du travail, baissé fortement la fiscalité sur le capital, porté l’âge de la retraite à 65 ans, réformé l’assurance-chômage. Le calendrier est essentiel. Avec nous, les Allemands sont passés du bénéfice du doute à la charge de la preuve. Maintenant, il faut leur apporter la preuve. Si tout est voté en juillet, août et septembre, il sera facile de les convaincre. Ils savent qu’une France économiquement faible est une mauvaise nouvelle pour l’Europe et pour eux.

Vous n’utiliserez pas les taux bas pour endetter le pays ?

S’endetter parce que l’argent est gratuit, c’est tout ce que je combats. Parce qu’il ne peut pas être éternellement gratuit. Il est difficile de croire que la Banque centrale européenne pourra continuer sa politique monétaire plus de deux ans.

Pourquoi avoir choisi de cibler les baisses d’impôts sur les entreprises ?

J’assume le fait de mettre le paquet sur le redémarrage des entreprises pour le plein-emploi. J’ai prévu 40 milliards de baisse de prélèvements sur les entreprises et 10 milliards sur les ménages car c’est la voie qu’ont suivie les pays européens qui sont sortis de la crise. C’est en améliorant la compétitivité que nous réussirons. Ce n’est pas en multipliant les cadeaux fiscaux aux Français que l’on relancera l’économie et l’emploi.

Vous dénoncez le matraquage fiscal depuis 2012. Pourquoi ne pas proposer, comme Nicolas Sarkozy, de baisser l’impôt sur le revenu ?

Cette promesse est intenable sauf à laisser totalement dériver les déficits. L’impôt sur le revenu doit être réformé mais il ne pourra l’être qu’après l’assainissement des finances publiques et la relance de l’économie par des gains de compétitivité. Je préfère rétablir l’universalité des allocations familiales, relever le plafond du quotient familial et supprimer la cotisation salariale maladie.

Comment expliquer aux Français que la TVA sera augmentée et l’ISF supprimée ? Nicolas Sarkozy se refuse à augmenter la TVA…

Alors son programme ne conduira ni à la croissance ni à l’emploi. Je propose d’augmenter la TVA de 2 points car il faut que ce soit la consommation qui finance notre système social, pas le travail. Je veux aussi supprimer l’ISF pour favoriser la transmission d’entreprises et l’investissement en France. Ce n’est peut-être pas une mesure populaire mais il est choquant que les Français aient du mal à payer les retraites alors que nos plus beaux actifs rachetés par des fonds de pension étrangers financent celles des Texans. Il faut construire un capitalisme français qui investit en France et pour la France.

Que prévoyez-vous en matière d’économies ?

Mon programme prévoit 100 milliards d’euros d’économies dans la sphère publique. Un tiers sera assumé par l’Etat. Il faudra que les fonctionnaires reviennent aux 39 heures. J’ai conscience que cela sera difficile mais il n’y a pas d’autre voie. Sinon, c’est la crise financière. Ensuite, 20 % des économies proviendront des collectivités locales. Enfin, les administrations de sécurité sociale devront porter la moitié des économies, soit 50 milliards d’euros. Le passage de l’âge de la retraite à 65 ans rapportera 20 milliards sur 5 ans. La progression des dépenses de santé sera inférieure à 2% par an et la carte hospitalière sera réformée, ce qui économisera 20 milliards. Et les allocations chômage seront plafonnées et dégressives, ce qui, avec la diminution du taux de chômage qui résultera de la baisse des charges, représente 10 milliards.

Quel candidat à la primaire est le plus proche de votre programme ?

Je n’en vois pas. Alain Juppé explique qu’il faut y aller doucement parce que c’est difficile. Il augmente la TVA d’un point, il est assez étatiste sur les 35 heures. Sur tous les sujets, c’est le programme que je propose avec une exécution lente, qui ne produira pas un vrai sursaut économique. Quant à Nicolas Sarkozy, c’est le retour à 2007 avec la défiscalisation des heures supplémentaires. Dans le contexte économique et financier d’aujourd’hui, cela n’a plus de sens.

Quelle sera la place de l’économie dans la campagne ?

La question de la sécurité, du terrorisme, est vitale, urgente, extrêmement angoissante. Il est normal qu’elle tienne une grande place dans la campagne et j’y prendrai ma part. Mais la volonté de certains candidats de vouloir occulter avec la sécurité tous les autres sujets pour éviter d’être précis est une erreur. Tous les Français ont des préoccupations économiques. On parle d’identité, mais la question principale, c’est la confiance dans son pays et la fierté d’en être citoyen. Comment être fier d’un pays qui vous met au chômage ou vous accable d’impôt ? La question de l’emploi et du retour à la croissance est une composante de l’identité et de notre souveraineté. Si la France est malade et faible, il n’y a aucune chance de relancer l’Europe.

Combien de Français iront voter à la primaire ?

Plus de la moitié des Français qui iront voter à la primaire ne le savent pas aujourd’hui. Aujourd’hui, seul un petit noyau politisé est sûr d’y aller. Les choses se cristalliseront au dernier moment et je pense que beaucoup de Français, moins politisés mais de droite, vont venir voter car ils vont voir que la présidentielle se joue là. Il y aura 2,5 à 3 millions de votants. C’est le pari que je fais.

Que pensez-vous de la stratégie actuelle du Front national ?

J’ai été blessé de voir que Marine Le Pen fait la leçon aux dirigeants des Républicains sur l’Etat de droit. Cela montre à la fois la dérive de certains membres des Républicains et la tactique de Marine Le Pen. Elle a un potentiel de présence au second tour élevé et je ne vois rien, dans la conjoncture actuelle, qui soit de nature à changer la donne.