Fillon 2017

Les leçons de Palmyre : Tribune de François Fillon dans Marianne

La reconquête de Palmyre par les forces du régime Syrien appuyées par la Russie marque un tournant dans la guerre contre l’Etat islamique. Elle éclaire aussi d’une lumière cruelle les hésitations et erreurs stratégiques des occidentaux en Syrie.

Parce que nous voulons lire les évènements dans le monde à travers notre grille de lecture, parce que notre idéalisme aveugle trop souvent notre réalisme géopolitique, nous avons misé sur une défaite rapide de Bachar El Assad. Après Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Egypte et Kadhafi en Lybie, le dictateur syrien ne pouvait qu’être balayé par le vent « purificateur » des printemps arabes…

Pourtant, il ne s’en est fallu que d’un fil que la Tunisie et l’Egypte ne basculent entre les mains des frères musulmans. Découvrant son erreur, l’Occident s’est réjoui presque aussi bruyamment du coup d’Etat du Maréchal Sissi en Egypte qu’elle l’avait fait lors de la chute du président Moubarak quelques mois plus tôt ! Quant à la chute de Kadhafi, elle a ouvert la route de l’Afrique à l’Etat islamique et à ses affidés.

Malgré ses évènements, rien n’y a fait, l’Amérique et ses alliés européens se sont drapés dans une posture morale aussi irréprochable qu’inopérante : Bachar El Assad doit partir ! Pour laisser la place à qui ? A un monstre totalitaire qui n’hésite pas à porter le combat jusqu’au cœur de nos villes et qui ne se cache pas vouloir imposer son régime barbare au monde entier.

La famille Assad s’est maintenue au pouvoir grâce à une dictature policière implacable et féroce mais aussi avec le soutien des chiites et des chrétiens qui ne se faisaient guère d’illusion sur leur sort en cas de victoire des sunnites extrémistes. Bref, aussi condamnable soit-il, le régime bassiste avait et a des appuis que tout stratège doit savoir mesurer s’il veut vraiment abattre l’Etat islamique et ses réseaux terroristes.

Depuis trois ans, je dis et redis qu’à force de faire du départ d’Assad notre priorité, nous avons laissé l’Etat islamique gagner du terrain et gâché l’opportunité de bâtir une véritable coalition internationale. Depuis trois ans, j’affirme que nos bombardements aériens ne peuvent faire la différence sans troupes au sol capables de combattre les djihadistes. Sur le terrain, l’armée syrienne gouvernementale nous est nécessaire, car les autres forces n’y arriveront pas seules.

Dans ce contexte, une seule puissance a fait preuve de réalisme: la Russie. Que Moscou ait ses propres intérêts dans la région est évident, mais qui n’en n’a pas au Moyen Orient ? Aux prises depuis longtemps avec les fanatiques islamiques sur son propre territoire, les russes ont choisi leur camp. C’est moins celui d’Assad, intuitu personae, que celui du combat total contre tous ceux qui veulent ou rêvent d’un califat qui ferait flotter son drapeau noir sur une grande partie de la planète.

Pour endiguer la progression de l’Etat islamique en Syrie, Vladimir Poutine a fait preuve d’un pragmatisme froid mais efficace. Il a sauvé le régime alaouite d’un effondrement probable et lui a donné les moyens de reconquérir le terrain perdu. Pendant qu’Obama et Hollande s’offusquaient du choix des russes de bombarder les opposants à Assad sans distinction, Poutine redonnait de l’air aux forces syriennes qui sont désormais en mesure de combattre efficacement l’Etat Islamique. La Russie a obtenu en six mois ce que les Etats Unis et leurs alliés n’ont pu réaliser depuis leur engagement dans ce conflit en 2014.

Il serait raisonnable de le reconnaître et d’en tirer des conséquences pour l’avenir d’une région qui ne pourra être stabilisée sans la coopération militaire et politique de toutes les puissances.

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